-
Définition:
-
- La Langue des signes Francais ou L.S.F. est
une langue, comme langlais ou le chinois, avec sa propre grammaire et sa propre
syntaxe. Une langue nest pas inventée par quelquun, elle nest pas née
un beau jour
elle se forme toute seule, avec le temps, dans une communauté humaine,
parce que les membres de cette communauté ont un besoin fondamental de communiquer entre
eux.
- Lhistoire de la communauté et
lhistoire de la langue sont inséparables. Cest lhistoire dune
langue minoritaire, parfois acceptée par la communauté majoritaire des entendants au
sein de laquelle elle vit, mais souvent aussi ignorée par elle, sinon même interdite et
persécutée.
- Une langue comporte des variations
régionales (dialectes) mais aussi des niveaux de langage différents en fonction des
types de situations vécues, tels que le langage courant, le langage officiel, le langage
écrit, pratique, les jargons, largot
-
Bref historique:
-
Jusquau milieu du XVIIIe siècle, à la
suite de quelques précurseurs, des sourds ont pu être éduqués avec succès. On a
découvert quils sont intelligents et quils peuvent apprendre un langage pour
exprimer leur pensée ! Mais il nest pas question que ce langage puisse être
autre que la langue orale des enseignants qui les éduquent. Certains pensent toutefois
quil serait utile dapprendre les " gestes naturels " des
sourds et lusage quon pourrait en faire.
-
- 1* Cest labbé Michel de LEPEE (1712-1789)
qui exprime une idée nouvelle : les gestes pourraient exprimer la pensée humaine
autant quune langue orale. Il crée chez lui une petite école et il y développe un
système quil appelle " signes méthodiques ", les mêmes que
ceux utilisés par les sourds entre eux. Les signes méthodiques étaient une méthode
efficace de dictée visuelle mais en aucune manière une langue.
- 2* BEBIAN (1749-1834) propose une éducation véritablement
bilingue. Il soutient et prouve que, pour lenseignement des sourds, le recours à la
langue des signes est irremplaçable.
- La reconnaissance de la langue des signes
comme langue denseignement a entraîné la reconnaissance de la communauté des
sourds comme telle, et celle de la langue des signes comme langue de cette communauté.
-
- 3* Le milieu du XIXe siècle va être lépoque
dun formidable développement du " mouvement sourd " en France.
Création de nombreuses associations. Ferdinand BERTHIER, professeur sourd, est le
" mobilisateur " de la communauté sourde.
-
- 4* Querelle des oralistes et des gestualistes
- Pendant toute cette période de
développement de la communauté des sourds, les querelles continuèrent entre, dun
côté, les éducateurs qui font appel à un enseignement gestuel lié à la culture et à
la communauté des sourds, et, de lautre, ceux qui lexcluent pour concentrer
tous leurs efforts sur lenseignement de la parole.
- Plusieurs raisons vont faire que les
oralistes vont lemporter : la majorité denseignants entendants,
linstruction obligatoire de Jules FERRY qui appelle luniformisation des
méthodes déducation et létouffement des langues minoritaires, le progrès
technique qui apporte aux sourds, avec le début de lappareillage, lespoir de
rejoindre en toutes choses le monde des entendants.
- Lusage des signes est supprimé peu à
peu en France. Paris et Lyon restent les derniers bastions de léducation gestuelle
en France. Le Congrès de Milan, en 1878, est laboutissement final dune
évolution, après des années de conflits : " la méthode orale pure doit
être préférée ".
- Le retour à loralisme pur est dans la
logique des prétentions du XIXe siècle de fondre les sourds dans la société des
entendants. Le XXe siècle en a ajouté dautres : la révolution et la
miniaturisation des prothèses, la chirurgie, lorthophonie veulent faire croire que
la rééducation de la parole dont on parle aujourdhui pourra obtenir de meilleurs
résultats que léducation dont on parlait alors. Cest la confusion entre la
" déficience " dont il appartient à la science de venir à bout si
elle le peut, et la " différence " constituée par son originalité
culturelle et socio-linguistique dont tout mode déducation devrait tenir compte.
- Linterdiction de la langue des signes
a été prononcée et appliquée dans les écoles.
-
- 5* La secousse de Mai 1968 a éveillé une sensibilité
nouvelle à la diversité des cultures en France et rendu leur droit de parole aux
minorités linguistiques (bretonne, basque, occitane
). Le droit à la différence
est invoqué, aboutissant à la prise de conscience collective dans ces dix dernières
années de la langue des signes comme source et instrument de la culture source (Congrès
de Paris, 1971).
- Des expériences bilingues sont tentées
dans quelques institutions, écoles et centres déducation précoce. Le temps
séloigne où lon ne voulait plus entendre parler de gestes
-
-
Fonctionnement de la LSF
-
- Comment se sert-on de la L.S.F. pour
exprimer ce quon a à dire ? De même que les entendants ne sexpriment
pas oralement au hasard, les sourds qui sexpriment en L.S.F. nutilisent pas
des gestes au hasard. Les sourds, comme les entendants, obéissent, chacun pour leur
propre langue, à un ensemble de règles quon appelle grammaire. Pour la L.S.F., la
grammaire règle la formation des signes, la conception des phrases gestuelles. Cette
grammaire gouverne lusage du corps : comment les mains et les bras bougent dans
lespace et quelles expressions du visage et mouvements de tête et dépaules
les accompagnent
- Lapprentissage de la L.S.F. par les
entendants qui lapprennent comme une seconde langue sera aussi difficile que
lapprentissage de toute autre langue étrangère. Pour la L.S.F., les enfants auront
aussi à shabituer à la modalité corporelle et visuelle. Pour parler une langue,
il faut fréquenter les gens qui la parlent et la pratiquer avec eux pour devenir familier
de son fonctionnement.
- Chaque signe est construit par la
combinaison de cinq éléments ou paramètres qui se font tous en même temps (à la
différence des phonèmes, voyelles et consonnes, en langue parlée, qui se suivent
lun après lautre) :
- 1. la configuration (la forme de la
main) : 35 formes environ ;
- 2. lorientation (de la main et des
bras) ;
- 3. lemplacement (lendroit où le
signe se fait : sur le corps, une quinzaine, dans lespace, trois
- endroits
principaux) ;
- 4. le mouvement (de la main ou des
bras) ;
- 5. lexpression du visage.
-
- Ce sont les éléments de base de la
grammaire de la L.S.F. Les signes construits avec ces paramètres vont senchaîner
pour faire des phrases gestuelles.
- Dans la formation dun signe, la
combinaison des paramètres ou éléments est simultanée (tous en même temps), alors
quavec la voix, lenchaînement des sons est linéaire (lun après
lautre) puisquon ne peut faire quun son à la fois.
- La voix a donc le désavantage de ne pouvoir
émettre plusieurs sons en même temps, mais lavantage de les faire très vite
lun après lautre. De son côté, la langue gestuelle, dont les mouvements
sont plus longs à faire que les sons à émettre, a lavantage doffrir une
très grande variété dexpressions simultanées. Pour ces raisons, une proposition
entière en L.S.F. ne prend, en moyenne, ni plus ni moins de temps à signer quune
proposition en français à dire. La L.S.F. est faite pour être vue, le français pour
être entendu. La L.S.F., par la simultanéité et les petits changements des paramètres,
va concentrer plus dinformations dans un seul signe que ne le peuvent les organes
vocaux dans un seul mot.